Par un beau samedi matin du mois de février, mon fils Jérémie et moi avions entrepris de jouer au Monopoly. Vous savez, ce jeu de société où l’on doit faire l’acquisition de propriétés par le biais de transactions immobilières. Avant de commencer une partie de jeu, chaque joueur doit recevoir le même montant d’argent, soit deux cents dollars. Alors que je m’apprêtais à distribuer à chacun son montant de départ, je fus saisie par une réflexion. Plongée l’espace d’un instant dans mes pensées, je me suis mise à réfléchir à la vie de certaines femmes que j’avais rencontrées à mon bureau tout au long de la semaine. Lors de ces entrevues pastorales qui se déroulent en toute confidentialité, ces femmes trouvent la force et le courage de me dévoiler leur vie. Ce n’est pas que j’aie une grande expérience pastorale à mon actif, mais au fil des années j’ai entendu plusieurs histoires qui ont fait frémir mon cœur à maintes reprises. Certaines femmes ont été abusées sexuellement ou physiquement dès leur plus jeune âge. D’autres ont vécu dans un climat de violence et d’insécurité. Plusieurs autres ont subi des abus verbaux de la part d’un père ou d’une mère, leur laissant croire qu’elles n’étaient bonnes à rien ou qu’elles étaient inférieures à leur frère. D’autres ont dû porter la responsabilité de la maison alors qu’elles n’étaient elles-mêmes que des enfants, ce qui a laissé des séquelles d’insécurité dans leur vie. J’ai aussi rencontré des jeunes filles qui ont grandi dans la culpabilité, se sentant responsables du divorce de leurs parents ou de l’alcoolisme d’un père ou d’une mère, alors qu’elles étaient en fait des victimes. À cause d’un passé difficile, plusieurs de ces femmes ont fait leur entrée dans la vie d’adulte avec des carences et des blessures.

Alors que mon fils commençait à s’impatienter, cette pensée m’a percuté l’esprit : « Nous ne débutons pas dans la vie comme nous commençons une partie de Monopoly. Nous ne recevons pas toutes la même somme d’argent. » Celles qui ont grandi dans un milieu familial sain, avec des relations équilibrées et constructives, ont entamé leur vie avec deux cents dollars de départ dans leur compte bancaire. Toutefois, d’autres ont vu les expériences négatives et les relations toxiques empoisonner leur existence, ne leur laissant qu’un compte à découvert pour affronter la vie. Je crois que vous comprenez ce que je veux dire. Plusieurs se reconnaissent à travers cette simple illustration. C’est comme si vous marchiez sur le chemin de la vie avec un sac à dos chargé et lourd, comparativement à d’autres qui voyagent beaucoup plus légèrement !

Ce n’est pas le nombre de pièces d’or que nous avons reçues qui compte, c’est ce que nous faisons avec.

Je veux vous encourager aujourd’hui. Peu importe le montant d’argent que vous avez reçu au départ, peu importe la lourdeur de votre charge, votre Père céleste a la puissance nécessaire pour vous guérir, vous restaurer, vous transformer en une femme nouvelle. Son cœur de père est empreint de compassion pour vous. La parole de Dieu nous déclare que Jésus est « venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. » (Jean 10.10) La plénitude de l’âme et de l’esprit est à votre portée, peu importe ce que vous traversez, et quel que soit votre parcours. Par la grâce de Dieu agissante en vous, vous pouvez passer de « victime à victorieuse ».

Jésus a parlé en parabole pour nous inciter à la réflexion, afin que nous trouvions nous-mêmes les réponses à certaines questions. La parabole des talents ne fait pas exception. D’une grande richesse, elle nous révèle une incroyable leçon de vie :

Le royaume des cieux ressemble à ceci : Un homme part en voyage. Il appelle ses serviteurs et leur confie ses richesses. Il donne à chacun selon ce qu’il peut faire. Il donne à l’un 500 pièces d’or, à un autre 200, à un troisième 100, et il part. Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’en va tout de suite faire du commerce avec cet argent et il gagne encore 500 pièces d’or. Celui qui a reçu les 200 pièces d’or fait la même chose et il gagne encore 200 pièces d’or. Mais celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’en va faire un trou dans la terre et il cache l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revient. Il leur demande ce qu’ils ont fait avec son argent. Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’approche et il présente encore 500 pièces d’or en disant : Maître, tu m’as confié 500 pièces d’or. Voici encore 500 pièces d’or que j’ai gagnées. Son maître lui dit : C’est bien. Tu es un serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour une petite chose, je vais donc te confier beaucoup de choses. Viens et réjouis-toi avec moi […]. Enfin, celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’approche et il dit : Maître, je le savais : tu es un homme dur. Tu récoltes ce que tu n’as pas semé, tu ramasses ce que tu n’as pas planté. J’ai eu peur et je suis allé cacher tes pièces d’or dans la terre. Les voici ! Tu as ton argent. (Matthieu 25.14-25).

Bien souvent, nous agissons comme le serviteur qui n’a reçu que 100 pièces d’or. Nous prêtons des intentions à Dieu qui sont loin de refléter son cœur et ses plans pour notre vie. Parce que nous ne comprenons pas pourquoi nous avons vécu certaines situations blessantes et parce que nos « pourquoi » demeurent sans réponse, nous croyons que « la vie » a été injuste ou dure avec nous. Nous ne l’affirmons pas aussi clairement, mais lorsque nous souffrons et que nous sommes découragées, il arrive que nous décidions consciemment ou inconsciemment d’enterrer tout espoir d’un avenir meilleur.

Dans cette histoire, on s’aperçoit que sur les trois serviteurs, un seul semble croire que son maître est dur, du moins suffisamment rigide pour qu’il en ait peur au point d’en être paralysé et d’aller cacher ses pièces d’or. Pourquoi ? Peut-être trouvait-il cela injuste d’avoir reçu moins de pièces que les autres. Quoi qu’il en soit, il en ressort que ce serviteur présumait que son maître était uniquement intéressé par ce qu’il allait amasser et par l’ampleur des montants qui lui seraient redonnés par ses serviteurs (v.24). Je crois que c’est cette perception qui l’a fait échouer. Je pense que ce serviteur se disait que comparativement aux autres, ce qu’il aurait pu remettre au maître était tellement insignifiant, que cela ne valait même pas la peine de tenter de le faire fructifier. Dans la parabole des talents, ce n’était pas le nombre de pièces d’or reçues qui comptait, mais plutôt ce que les serviteurs en ont fait. Peu importe ce que le serviteur avait reçu au départ, ce qui était capital, c’était de le faire fructifier.

Il n’avait pas compris que ce n’était pas le montant final qui comptait pour le maître; l’important, c’était qu’il fasse quelque chose avec l’argent qui lui avait été donné.

Dieu est conscient et il compatit, mais…

Quelle leçon pour nos vies mes amies ! Bien que nous ayons vécu des évènements difficiles et douloureux, au sujet desquels Dieu est conscient et compatit avec nous, Il s’attend à ce que nous les utilisions pour porter du fruit et non que nous les enterrions. Le désir de Dieu n’est pas que nous cachions toutes ces blessures dans la terre. Nous nous cantonnons trop souvent dans notre douleur. Ce que notre Père céleste attend de nous, c’est que nous mettions à la lumière ce qui nous fait mal, afin de lui permettre de nous guérir et de nous transformer. Il veut que nous identifiions clairement ces situations blessantes et que nous allions chercher de l’aide auprès d’un pasteur ou d’un conseiller spirituel. Avec l’aide de Dieu et de personnes qualifiées, il est possible de passer de « victime à victorieuse ». Ne laissez pas un évènement douloureux vous emprisonner. Cet évènement a peut-être ruiné votre passé et même votre présent, mais il n’y a aucune raison pour qu’il fasse avorter votre futur. Si vous vous en sentez incapable, vous êtes au bon endroit, car c’est lorsque vous êtes dans cet état que Dieu peut agir puissamment en vous. Dieu ne vous demande pas d’être capable, il vous demande seulement de lui permettre d’agir en vous.

Kim Phuc, une femme transformée

J’aimerais terminer cet article en vous relatant l’histoire extraordinaire de Kim Phuc Phan Thi. Cette femme de foi est une source d’inspiration pour des milliers de personnes dans le monde. Son témoignage nous révèle qu’il est possible de changer de camp, de quitter celui de victime pour accéder à celui de victorieuse, par la grâce de Dieu. Cette femme fait partie des milliers de victimes de la guerre du Vietnam.

À peine âgée de 9 ans, elle subit des atrocités causées par la guerre. En 1972, alors que la bataille bat son plein, un avion sud-vietnamien, chargé de bombe, se dirige tout droit vers le village de Trang-Bang, à 65 km au nord-ouest de Saigon, là où habitait Kim. Sa maison a été la cible de quatre bombes au napalm, embrasant tout sur leur passage. La chaleur dégagée par le napalm s’élevait de 800°C à 1200°C, brulant plus de 65% du corps de cette pauvre fillette. Le photographe Nick Ut d’Associated Press, a photographié Kim Phuc le 8 juin 1972, alors qu’elle fuyait son village. Cette célèbre photographie lui a valu le Prix Pulitzer. Sur cette image, on la voit hurlant de douleur après avoir été brûlée lors du bombardement. Son corps n’était que plaie. Après dix-sept interventions chirurgicales et quatorze mois d’hospitalisation, les médecins réussirent à la sauver. Kim a dû subir des greffes de peau sur trente-cinq pourcent (35 %) de la surface de son corps. Néanmoins, son corps garde encore les cicatrices de cet atroce bombardement.

Malgré cet évènement tragique et tous les problèmes de santé qui y sont associés, Kim Phuc est aujourd’hui une femme transformée et épanouie. Elle vit ! Elle a même donné la vie. Un petit garçon à la peau lisse et douce ne cesse de se blottir dans ses bras, cherchant à l’embrasser, perplexe parfois, inquiet devant les crevasses de sa peau. Kim avoue : « Mon corps était si dévasté, je ne pensais pas être désirable. Et voilà que l’homme le plus gentil, le plus compréhensif du monde — il s’appelle Toan— a voulu m’épouser. C’est ainsi que j’ai fondé une famille ! Tant de chance, vraiment ! » Annick Cojean décrit comment cette femme — qui avait toutes les raisons du monde d’en vouloir à la vie, de crier à l’injustice et de vivre dans l’attente continuelle de réponses à des « Pourquoi moi ? » — est devenue une femme victorieuse, transformée par Dieu, reléguant la victime qu’elle était dans le grenier de son cœur. Permettez-moi de vous citer un superbe passage de ce texte décrivant un moment clé de sa vie :

Alors que Kim fut invitée à Washington à la cérémonie commémorative de la guerre du Vietnam, et devant un parterre de plusieurs milliers de vétérans médusés, elle prit timidement la parole pour évoquer l’espoir et le pardon. « Si je pouvais me trouver face à face avec le pilote de l’avion qui a lancé la bombe, je lui dirais : on ne peut pas changer l’histoire, mais au moins, on peut essayer de faire de notre mieux dans le présent et le futur pour promouvoir la paix. » Puis elle disparut durant la plus longue et la plus respectueuse des standing ovations. Au milieu de l’assistance, John Plummer était foudroyé. C’est à lui qu’elle venait de s’adresser. Lui qui avait eu la responsabilité de coordonner le bombardement de Trang Bang, le 8 juin 1972. Lui qui, devenu pasteur, après mille errances, portait toujours sur lui la photo de la petite fille, découverte dès le 9 au matin et lestée de remords. Il se rua vers un policier, le suppliant de remettre à la jeune femme un message. Déjà, elle quittait le mémorial, soucieuse d’éviter la foule. Elle s’engouffrait dans un escalier, elle allait disparaître. Le billet lui parvint juste à temps : «Kim, je suis cet homme.» Alors elle s’arrêta, se retourna. Il attendait, tremblant au haut des marches. Et elle ouvrit les bras. Kim Phuc est aujourd’hui une célébrité au service de l’UNESCO. Cette femme reconnue pour sa foi en Dieu est une messagère du pardon, de la réconciliation et de la tolérance. Elle pense que toutes ses épreuves et ses souffrances l’ont destinée à être une porte-parole, c’était sa destinée. Elle a accepté son sort et se consacre entièrement à sa mission.

Comme Kim Phuc, vous pouvez être une femme transformée malgré les événements difficiles de votre vie. La vie est, ou a peut-être été, injuste pour vous comme pour Kim, mais n’oubliez jamais que Dieu est juste. Rappelez-vous la parabole des talents : ce n’était pas le nombre de talents qui primait pour le maître, c’était plutôt l’effort de les faire fructifier. Aujourd’hui, Dieu vous dit : « peu importe ce que tu as vécu, si tu me permets d’agir en toi et si tu me fais confiance, j’ai la toute-puissance pour te guérir, te transformer et te donner la force de recommencer, afin que ta vie porte du fruit. Je désire remplacer la honte, la culpabilité, l’inceste, la violence, les abus, l’abandon, l’adultère, le divorce, le deuil, le rejet, l’angoisse, l’anxiété, l’insomnie, l’isolement, la dépendance, l’insécurité de ta vie, par ma vie, mon amour, ma paix, ma joie, ma liberté. Je veux sécher tes larmes et te redonner le goût de rire, de vivre et un avenir. » « Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous ; et je vous l’affirme : ce ne sont pas des projets de malheur, mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer. » Jérémie 29.11